l'agriculture végétale tient ses promesses mais les caisses se vident
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Chez Vtopia
Liège, Belgique 24 juillet 2026 Je suis allé voir Benoît Noel sur sa parcelle, du côté de Liège. Je connaissais le projet Vtopia, mais je voulais poser les questions qui fâchent : est-ce que ça marche vraiment, est-ce que c'est rentable, et surtout pourquoi personne n'en parle davantage ? La réponse, je l'ai vue en une heure de visite. Et goûtée aussi : les tomates que Benoît m'a tendues viennent de me rappeler celles du jardin de mon grand-père.
L'urgence d'agir
Benoît ne se prend pas pour un sauveur. Il est agronome de formation, il calcule, il teste. Son constat de départ, je le partage : le climat change, les insectes disparaissent, les pesticides font leur retour, et les importations alimentaires deviennent un enjeu géopolitique.
« Aujourd'hui, je ne suis pas du tout sûr qu'on pourra manger demain »
, m'a-t-il dit sans détour. Son angle à lui, c'est de produire toute l'alimentation humaine sans aucun intrant animal. Pas de fumier, pas de farines animales, pas de lisier. Rien que des plantes qui nourrissent d'autres plantes. Du foin pour pailler le sol, retenir l'eau, alimenter la vie microbienne. Les rotations ? Jusqu'à douze ans, en mélangeant légumes, céréales, oléagineux, fruits et arbres.
Cinq fois plus de personnes nourries, dix fois plus de chiffre d'affaires l'agriculture végétale tient ses promesses mais les caisses se vident
Là où j'ai été frappé, c'est sur les chiffres. Benoît les a calculés.
« Par unité de surface, on peut nourrir cinq fois plus de personnes qu'avec une alimentation basée sur l'élevage »
, m'a-t-il lancé en montrant ses rangs de soja et de blé ancien. Et côté rentabilité, l'écart est encore plus parlant : « On n'est pas loin de multiplier par dix le chiffre d'affaires d'une ferme classique. » Comment ? En arrêtant de vendre des légumes bruts à des prix qui n'ont pas bougé depuis vingt ans. « Le maraîcher gagne à peu près rien », m'a-t-il rappelé. À Vtopia, on propose des paniers avec tous les ingrédients d'un repas végan, recettes comprises. Résultat : l'assiette coûte un tiers de moins qu'un repas avec de la viande. Le tofu fumé qu'il produira sort en deux mois. Un jambon cru, lui, demande trois à cinq ans et tout un troupeau.
Des résultats qui parlent et des difficultés rencontrées
Sur le terrain, ça pousse. J'ai vu les oignons, énormes. Les tomates, je vous en ai parlé. Les sols sont si riches que certaines variétés anciennes de blé ont versé, littéralement couchées par une croissance trop rapide. « C'est un problème de sol riche », sourit Benoît, qui teste déjà des variétés modernes plus résistantes. Mais le revers de la médaille, c'est le manque de moyens.
« On a été obligés de semer le soja à la main, avec un petit semoir. Les lignes ne sont pas assez régulières pour qu'on puisse désherber à la machine. C'est un travail fastidieux »
, m'a-t-il expliqué en montrant les parcelles envahies de ce qu'on appelle les « mauvaises herbes ». L'équipe est de trois personnes, avec les moyens du bord. « Tout l'argent qui restait dans la coopérative, on l'a mis dans le bâtiment. Je ne sais même pas si on arrivera à le terminer. »
Un appel que je relaie parce que ça presse
Le modèle économique est solide, les premières récoltes sont là, des discussions avancent pour une ferme de cinquante hectares avec un premier client. Mais pour passer à l'échelle, Vtopia a besoin d'un coup de pouce.
« Si on avait des moyens supplémentaires, on pourrait avoir une équipe technique, des machines sur mesure pour cette nouvelle agriculture, et quelqu'un pour montrer le modèle économique »
, m'a confié Benoît. Plusieurs leviers existent déjà : une coopérative, un fonds hébergé à la Fondation Roi Baudouin, la possibilité d'investir dans une société qui rémunère ses apporteurs de capitaux. « On a besoin de se sauver ensemble », m'a-t-il dit, refusant le costume de sauveur qu'on voudrait lui coller. « Nous, on fait le max, mais je ne peux pas aller plus loin que le max. Les caisses sont bientôt vides. »
« S'il n'y a plus de gens qui savent faire ce que tu fais, on ne saura plus manger. Posez-vous la question… »
Mon avis, en tant que citoyen
Je suis reparti de Vtopia avec des tomates dans mon sac et une question dans la tête. Le projet tient sur le plan agronomique. Il tient sur le plan économique. Les oignons sont gros, les tomates sont bonnes, les calculs sont faits. Mais tout ça ne servira à rien si personne ne met la main au porte-monnaie ou au travail. Il faut arrêter d'attendre que le gouvernement ou un grand groupe vienne résoudre le problème à notre place. « Ce qu'on produit ici, c'est un avenir », m'a lancé Benoît en me serrant la main. Moi, je vous dis : si vous voulez un avenir où on mange autre chose que des aliments industriels sans goût, allez voir ce qui se passe chez Vtopia. Et surtout, aidez-les à continuer.
Pour aller plus loin : Les infos sur Vtopia, le livre blanc et les moyens de soutenir le projet sont disponibles dans les ressources liées à cette interview. N'hésitez pas à liker, partager et commenter pour que les algorithmes ne nous effacent pas.
"l'agriculture végétale tient ses promesses mais les caisses se vident"
par Laurent Delsipexhe
Information pour aider le projet Vtopia:
Site Web => https://www.vtopia.be/




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